De très vagues souvenirs du seul témoin de l’assassinat des deux policiers

Devant un tribunal pénal spécialement constitué,

Il est le seul témoin des faits. Le 16 juin 2016, le petit garçon, alors âgé d’un peu plus de 3 ans, se trouvait au dernier étage de la maison de ses parents à Magnanville (Yvelines) lorsqu’il est assassiné par Larossie Appala. Qu’a-t-il vu exactement ? Qu’a-t-il compris de la situation ? Six ans plus tard, cette question taraude le tribunal correctionnel spécialement créé, devant lequel Mohamed Lamine Abruzzes est jugé pour « complicité d’assassinat sur personne exerçant une fonction publique » et « association de malfaiteurs terroristes ». Si le trentenaire est sur le banc des accusés, c’est notamment parce que son ADN a été retrouvé sur l’ordinateur portable de deux policiers assassinés. Mais aussi parce que le récit de l’enfant au psychiatre a conduit le parquet à préférer le cas de deux personnes.

Le spécialiste de la traumatologie de l’enfant et de l’adolescent, âgé de 52 ans, suit le garçon depuis juillet 2016, quelques semaines seulement après l’assassinat de ses parents. « L’enfant se souvient de tout », a-t-elle expliqué mardi depuis la tribune. Mais il « ne peut exprimer son choc qu’en jouant ». Durant les séances, on parlait parfois de « mauvaises » et de « bonnes » personnes. Elle ne lui a posé « aucune question » mais le professionnel a tout fait pour le « soutenir ». Avec les jouets et la maison miniature, racontez-lui la scène. Il plaça la petite figurine qui le représentait à l’étage. Ci-dessous, le Chevalier Rouge tue sa mère avec l’épée qu’il tient autour du cou. Dehors, un pirate attaque son père. Finalement, la police du raid est arrivée, représentée par les Chevaliers Blancs. « L’enfant ne peut que reproduire ce qu’il a vu », insiste le praticien.

« Une question que le tribunal se pose toujours. »

« S’il y a deux statues, est-ce parce qu’il y a deux personnes ? », s’interroge le président Christophe Petitto, soulignant que « c’est la question que se pose toujours le tribunal ». Le psychologue répond : « Une statuette peut représenter plusieurs personnalités ». Le jeu a fait intervenir un grand nombre de méchants, ce qui est interprété comme un fantasme d’horreur qui décuple le nombre de monstres. » Le juge lui rappelle que l’enfant a également fait au moins deux cauchemars dans lesquels se trouvaient « deux monstres ». Le psychologue » détermine quelle interprétation donner à ce souvenir « traumatique ». Elle ajoute : « Il peut y avoir plusieurs personnages » dans ses cauchemars, mais il ne faut pas tirer « de conclusions sur le terrain ».

Sa tante, qui l’a reçu après le drame, se souvient qu’un jour le petit garçon a parlé de deux personnes qui étaient présentes le jour de l’attaque. Selon lui, les deux hommes se parlaient et se demandaient ce qu’ils allaient faire de lui. Elle dit aussi sur scène : « Je me souviens qu’il m’a dit ça, mais il n’y avait aucun détail. » C’était peut-être Al-Arousi Abla qui communiquait « soit par vidéo, soit avec quelqu’un à côté de lui ». Mais son neveu « ne lui a donné aucun détail ».

Peu d’éléments physiques

Bref, personne n’est sûr que le seul témoin des faits ait effectivement vu deux hommes tuer ses parents. Il est certain que l’ADN de Mohamed Lamine Abruzzo a été retrouvé au domicile du couple de policiers. Mais les experts en génétique, venus témoigner vendredi, ont souligné qu’il n’était pas possible d’exclure la possibilité d’un « transfert » d’ADN. Au début de la deuxième semaine du procès, aucun autre élément matériel n’est venu, jusqu’à présent, étayer l’hypothèse de la présence de cet extrémiste, qui clame son innocence, au moment de la commission du crime.

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