l’enfer des mises à jour logicielles, sont-ils sérieux ?

Peugeot e-208 GT

La Peugeot e-208 GT qui nous a fait suer. Modèle d’avril 2023.

Peugeot a-t-il un train de retard en matière de logiciel embarqué ? C’est ce que l’on pourrait se demander après notre expérience désastreuse de mise à jour d’une Peugeot e-208. Retour sur un procédé qui promet l’enfer aux conducteurs de la marque française.

À Automobile Propre, nous prenons toujours soin de tester les véhicules en conditions réelles avec nos Super Tests, où Soufyane apporte avec lui un lot de données que l’on ne retrouve que rarement ailleurs. Mais, nous avons également nos véhicules personnels, divers et variés selon les membres de la rédaction. De quoi avoir des retours d’expérience sur la durée, sur l’usage quotidien. Et, parfois, il ne faut que quelques heures pour se dire qu’une situation aberrante vaille bien un article.

C’est notamment ce qui m’est arrivé après avoir réceptionné une Peugeot e-208 GT « 0 km » fraîchement dégotée chez Aramis. Visiblement, un modèle d’exposition d’avril 2023, bradé à un tarif qu’il aurait été impossible d’obtenir en concession même avec une négociation serrée – merci l’arrivée de la nouvelle version de la 208 électrique. Une bonne occasion pour changer la Peugeot 107 qui nous servait jusqu’ici de second véhicule. Un modèle électrique pas très grand qui se montrera un peu plus agile que notre véhicule principal, une Tesla Model Y.

Vouloir mettre à jour sa Peugeot : une idée de geek ?

Technophile, j’ai travaillé 18 ans pour un média tech leader dans son domaine (Les Numériques) avant de rejoindre Cleanrider qui appartient au même groupe qu’Automobile Propre. Ayant été responsable du service de tests informatiques, on peut dire que je suis un geek, à l’aise avec toutes les nouvelles technologies et toujours à l’affut des nouveautés. C’est bien pour cela que la Model Y est dans le garage familial : c’est un ordinateur sur roues, les mises à jour sont fréquentes avec des nouveautés qui s’invitent tous les mois. La voiture parfaite pour mon attrait pour le domaine des technologies (entre autres avantages de ce modèle évidemment).

Planté le décor, vous aurez compris qu’une fois la Peugeot e-208 réceptionnée, mon premier réflexe a été de vérifier la version du logiciel embarqué et de voir si une mise à jour est disponible. On ne va pas rouler dans une voiture au logiciel qui n’est pas le dernier en date, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas mon premier véhicule Peugeot « connecté ». J’avais par le passé eu pendant quelques années un Peugeot 3008 SUV, le premier véhicule de la marque à intégrer son ordinateur de bord NAC. Un véhicule acquis fin 2016 qui pouvait être actualisé par clé USB, sans passer par la concession. Une petite révolution pour Peugeot à l’époque, mais qui demandait déjà un peu de débrouille.

Naïf que je suis, je me dis alors qu’en près de 7 ans, la marque a su se développer à ce niveau et se mettre au goût du jour. Il faut dire que même Renault propose des mises à jour « OTA », c’est-à-dire qui se téléchargent et s’installent automatiquement sur le véhicule sans manipulation particulière, comme sur notre Tesla d’ailleurs. Le NAC est ici de 4e génération (Wave 4 dans le jargon Peugeot).

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Un système de mise à jour qui prend en otage le conducteur

Pour la faire courte : en fait, non. Pour commencer, j’ai téléchargé l’application myPeugeot afin de relier le véhicule à mon compte et d’établir une connexion Bluetooth entre le smartphone et la 208. Un bandeau sur l’application m’indique qu’il est nécessaire de mettre à jour mon véhicule pour profiter de la remontée de données (niveau de charge, localisation etc) et de la gestion à distance (programmation de la charge ou de la climatisation). Chouette, on peut donc lancer à distance la mise à jour ? Un petit clic plus loin et un incroyable message s’affiche :

Incroyable mais vrai, la manipulation est digne d’un escape game. La première étape est déjà floue : plusieurs trajets de 20 minutes minimum sont à réaliser. Deux trajets ? Trois ? Quatre ? On ne sait pas, c’est la surprise. Il faudrait ensuite : attendre « environ » 5 minutes (peut être plus, peut être moins, surprise !) avant de reprendre la route pour 15 minutes en ayant le partage des données actif sur son téléphone alors même que le véhicule intègre sa propre puce 4G – en plus d’une connectivité wifi, nous y reviendrons. Et, pour couronner le tout, attendre jusqu’à 24 heures et réaliser plusieurs trajets (toujours aussi flou) d’au moins 15 minutes pour avoir les remontées de données.

Le site myPeugeot affiche un message lorsque des mises à jour sont disponibles.

Bon, cela ressemble à une blague, mais je n’ai par contre absolument pas le temps de me plier à l’exercice et encore moins envie de rouler « dans le vide » pour simplement mettre à jour mon véhicule. Malin que je suis, je me dis que la méthode manuelle doit peut-être encore fonctionner. Je me rends alors sur le site de myPeugeot. Bingo, un bandeau me dit qu’une mise à jour est disponible et que l’installation passe par la création d’une clé USB via un outil mis à disposition. À ce stade, je comprends qu’il n’a jamais été question de mise à jour à distance du véhicule, mais que la manipulation, proche d’une incantation vaudou, vaut uniquement pour activer les remontées de données. Je dois avouer que je me demande encore pourquoi je n’ai pas tout brûlé à ce moment-là.

Nouvelle blague, je vois que le procédé est proche de la prise d’otage :

Oui, vous avez bien lu, Peugeot demande d’allumer le moteur – bon, en électrique ça va, mais sur un thermique comme mon ancien 3008 ou sur cette 208, c’est une ineptie écologique, surtout vue la durée de l’opération. Il faut également être assis sur le siège conducteur, ceinture bouclée. Pas de panique, Peugeot permet quand même de rouler avec le véhicule. Oui, enfin, j’avais prévu de manger une pizza avec les enfants moi, pas de passer 45 min à poireauter dans mon garage.

Pour terminer, la mise à jour se sera faite correctement, en 45 minutes environ. Notez tout de même que ce système n’a pas changé depuis le 3008 dans le sens ou cela met à jour uniquement le système multimédia, mais pas l’ordinateur de bord. Celui-ci peut aussi bénéficier de mises à jour, mais elles ne peuvent être faites qu’en concession avec le matériel adéquat.

Un véhicule qui n’exploite pas sa connectivité

À ce stade, je me dis évidemment qu’il est vraiment insensé que Peugeot n’a pas réussi à évoluer en autant d’années. Quand on voit la simplicité de mise à jour des Tesla ou même des modèles Renault – nous avons eu un Captur en 2020, avec mises à jour OTA – encore plus depuis que le concurrent s’est associé avec Google pour son système embarqué.

Surtout, cela ne rime à rien lorsque l’on voit les technologies embarquées. Le véhicule est ainsi doté d’un modem comportant aussi bien une connectivité Bluetooth, cellulaire (4G) que wifi. Or, cette intégration nous semble en réalité assez bancale. Nous démarrons ici notre analyse tech du système.

Commençons par l’intégration de la 4G. Cela permet au véhicule de recevoir en temps réel des informations sur le trafic pour alimenter le GPS. Idéalement, cela pourrait servir au streaming audio de services comme Spotify ou Apple Music, mais de telles applications sont absentes en natif sur cette e-208. Utiliser la 4G serait également une aberration, car on imagine bien que devoir assumer le transit de plusieurs gigaoctets de données sur une base de plusieurs centaines de milliers de véhicules serait particulièrement coûteux.

Avec le Bluetooth, aucune chance d’envoyer un tel lot de données, le débit étant trop faible. Cette intégration n’est là que pour communiquer avec le téléphone et son application, pour faire transiter sa musique ou communiquer les données du véhicule.

Techniquement parlant, le wifi est en revanche la solution idéale. Que ce soit chez Tesla ou Renault, cette connectivité permet de tirer parti du réseau sans-fil du foyer du conducteur pour télécharger les données nécessaires à la mise à jour. Et, du wifi, il y en a bien dans ce véhicule, mais celui-ci n’a semble-t-il aucune utilité pratique. C’était déjà le cas fin 2016. Non, rien n’a changé en 2023.

La faute à Peugeot… et Continental !

Mais, alors, pourquoi diable faut-il toujours passer par cette satanée clé USB pour mettre un véhicule à jour ? Est-ce réellement la faute de Peugeot ? En réalité, le fabricant y est bien pour quelque chose, cependant il n’est pas le seul coupable. Le fabricant fait en réalité toujours le choix de sous-traiter la conception de ses systèmes embarqués.

Depuis la première version du NAC sur le Peugeot 3008 SUV en 2016, le fabricant français se fournit chez Continental. L’équipementier allemand assure la conception et le développement logiciel, conjointement avec les équipes de Stellantis qui établissent un cahier des charges ou travaillent notamment sur le design général des menus. On regrette alors que le constructeur automobile n’ait pas établi un cahier des charges plus abouti technologiquement, particulièrement sur cette question des mises à jour.

Car si j’ai bien réussi à faire la manipulation, je me mets tout de même à la place des moins technophiles, des plus âgés et nous en passons. Je reste persuadé qu’une grande partie des utilisateurs n’est au courant de la présence de mises à jour correctives et que celles-ci ne sont alors installées qu’après un passage en concession, lors d’une révision par exemple. Un système archaïque dans un marché où il devient de plus en plus difficile de fidéliser les jeunes clients qui sont justement souvent appâtés par le caractère « techno » de marques comme Tesla.

Et, si vous pensez que nous faisons là tout un foin sur une simple question de mise à jour qui n’apporte pas grand-chose au véhicule, vous devriez attendre la suite. Car, oui, l’histoire ne s’arrête pas là. Après avoir réussi à avoir la dernière version du système embarqué, je souhaitais également disposer de la dernière version de la cartographie GPS. Logique.

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La mise à jour du GPS TomTom nous a perdu

Cela a encore une fois été une aventure magique. Cela passe évidemment par une action requérant une clé USB et le même outil pour ordinateur utilisé auparavant. Malgré différentes tentatives, nous ne sommes jamais parvenus à télécharger le fichier d’une vingtaine de gigaoctets par ce biais. Des échecs intervenaient aléatoirement.

La faute à notre connexion ? Non. La faute à Peugeot ? Oui, car encore une fois, son sous-traitant ne fournit pas un service à la hauteur. En effet, Peugeot utilise la cartographie de TomTom pour ses GPS embarqués. Le fichier de mise à jour n’est pas stocké sur les serveurs du fabricant d’autos — réduction des coûts ? — mais sur celui de TomTom. Force est de constater que leur serveur semble mal dimensionné pour permettre un téléchargement complet de l’archive.

Là encore, j’ai utilisé le système B qui consiste à récupérer l’archive via un lien proposé sur myPeugeot (mais qu’on peut trouver sur d’autres sites). Un gestionnaire de téléchargement installé sur mon ordinateur m’a alors permis de reprendre le téléchargement dès qu’il échouait, et ainsi télécharger correctement le fichier. Pensée émue pour les familles non technophiles.

Et l’installation alors ? Elle prend du temps ? Je n’en sais rien. Car, à ce stade, je n’ai pas encore réussi à la lancer. Un message d’erreur apparaissant systématiquement sur mon véhicule – qui doit être « moteur » tournant encore une fois pour réaliser l’opération. Et, cela, malgré le fait que j’ai utilisé une méthode de copie manuelle sur la clé USB et une méthode de copie automatisée avec l’outil de Peugeot.

Je n’ai donc visiblement pas terminé de me prendre la tête avec le système embarqué de la Peugeot e-208. Cela, d’autant plus que, pour le moment, je n’arrive toujours pas à utiliser correctement l’application pour lancer la climatisation à distance. Ah, mais j’y pense, il ne fallait pas faire haut, haut, bas, bas, gauche, droite, gauche, droite, B, A pour que ça marche ?

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