Renfe a passé la barre des 100 000 billets vendus en France

Renfe a établi sa tête de pont en France. Deux mois après le lancement de son offensive à grande vitesse en France, les chemins de fer espagnols réclamaient 100 000 billets et 43 000 passagers avaient été vendus sur ses lignes internationales entre l’Espagne et la France. En opération depuis les 13 et 28 juillet respectivement, AVE Services (Vitesse espagnole, équivalent du TGV) Barcelone-Lyon et Madrid-Barcelone-Marseille, qui regroupent une dizaine de villes de milieu de gamme de part et d’autre des Pyrénées, semblent séduire les voyageurs. Ainsi, Renfe revendique un très bon taux d’occupation moyen des lancements, à plus de 80%, avec un pic « 100% sur les dates à forte mobilité ».

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Pour François Guénard, ces chiffres confirment l’entrée réussie de l’entreprise espagnole sur le marché français. Roland Berger, consultant spécialisé dans les questions ferroviaires, se félicite surtout de la décision prise par Renfe de se lancer sur ces axes dans le sud de l’Europe :

« Cela démontre le potentiel de cette région qui constitue un énorme marché de voyages avec des voyageurs loisirs, affaires, VFR (visites de parents ou proches, ndlr) et étudiants. »

Il y voit même une symétrie avec l’Europe du Nord, entre les Pays-Bas, la Belgique, la France et l’Allemagne avec une source de croissance cruciale, « Mais où personne n’a vraiment osé aller. »

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Marché de secours long

La faute en est notamment à l’accord entre Renfe et la SNCF pour la communication à grande vitesse vers les grandes villes françaises et espagnoles. François Guinard dit avoir fermé le marché sans l’aide de personne. Pourtant, ce partenariat a duré neuf ans avant de voler en éclats fin 2022, après l’attentat de la SNCF en entrant dans le service Ouigo entre Madrid et Barcelone et la volonté de Renfe de contre-attaquer sur le sol français.

Ainsi, la stratégie de Renfe diffère de celle de Trenitalia, venue attaquer la SNCF sur la ligne Paris-Lyon, l’une des lignes les plus importantes et les plus rentables d’Europe. François Guénard juge ainsi que si les possibilités de développement en France sont sans doute à peu près équivalentes entre l’opérateur espagnol et son homologue italien, le potentiel de stimulation du trafic semble plus important dans le sud de la France.

L’engouement semble également se faire particulièrement sentir sur la ligne Madrid-Barcelone-Marseille, avec son lancement en second. Fin juillet, à la veille du départ du premier train pour Marseille, Renfe indiquait que sur les 70 000 billets vendus, le nombre total était de 40 000, soit plus de la moitié. N’en déplaise à Lyonne.

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Susceptible d’être confirmé

Malgré ces premières ventes et ce potentiel, il ne s’agit pour l’instant que d’une incursion de la part de Renfe. Avec 43 000 voyageurs en un mois, cela ne pèse pas sur la SNCF. Elle est ainsi en bonne voie de dépasser ses performances de l’an dernier, alors qu’elle avait déjà transporté 23 millions de passagers durant l’été sur ses grandes lignes (TGV et Intercités).

L’enjeu pour l’opérateur espagnol sera de confirmer après l’été avec un service rentable dans la durée. Il se montre très confiant en ce moment, avec l’annonce du passage au service quotidien à partir du 1er septembre entre Barcelone et Lyon, puis du 1er octobre entre Madrid et Marseille, portant le nombre total de TGV à 28 par semaine. Renfe doit réussir cette montée en puissance avant d’aller en tête-à-tête avec la SNCF pour Marseille-Lyon-Paris et Trenitalia pour Lyon-Paris.

Pour le moment, les risques sont faibles compte tenu de la capacité proposée. L’offre actuelle, centrée sur les week-ends, consiste en quatre allers-retours par semaine entre Barcelone et Lyon (vendredi ou lundi) et trois entre Madrid et Marseille (du vendredi au dimanche de l’Espagne vers la France et du samedi au lundi en sens inverse). Cela explique en partie les très bons taux de remplissage. Passons à la vie de tous les jours, ça va être une autre histoire.

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ensemble de conditions favorables

D’autant plus que Renfe profite des conditions particulières en ce moment, mais elles ne sont que temporaires. Comme le rappelle François Guinard, l’opérateur « rachète » des parts de marché en ce moment en utilisant des prix très avantageux pour s’implanter. Pour sa campagne inaugurale, elle propose des billets à partir de 9€ entre 10 villes françaises, 19€ de Montpellier ou Narbonne vers Barcelone, Saragosse ou Madrid et 29€ de Marseille et Lyon vers l’Espagne. C’est jusqu’au 31 octobre. Même s’il ne s’agit que de tarifs d’appel, il y a largement de quoi attirer du monde alors que la SNCF est régulièrement attaquée sur ses tarifs.

Pour être compétitive, Renfe profite des remises sur les redevances que SNCF Réseau accorde aux nouveaux entrants. Si le même modèle que celui utilisé pour Trenitalia s’applique, ces déductions seront possibles pour les deux premières années d’exploitation, ainsi qu’une option facultative.

Enfin, le lancement espagnol a lieu en plein été, avec Barcelone-Lyon le 13 juillet et Madrid-Marseille le 28 juillet. Bien qu’il semble un peu tard pour profiter pleinement des départs, c’est sans aucun doute la meilleure période de l’année.

La SNCF avait aussi bricolé la saison estivale en lançant Ouigo en Espagne en mai 2021. Le groupe français de l’époque était plus ambitieux et avait transporté plusieurs centaines de milliers de passagers lors de son premier été. A fin octobre 2022, après seulement un an et demi de fonctionnement, il a déjà accueilli plus de trois millions de passagers.