Une élite salariée de plus en plus isolée depuis trente ans

Deux pour cent représentent l’augmentation annuelle des coûts pour les employés les mieux payés. Au cours des trente dernières années, la ségrégation salariale sur le lieu de travail n’a cessé de s’accentuer, ce qui signifie que les employés les mieux payés sont de plus en plus isolés du reste du personnel d’une entreprise. Selon les dernières statistiques, en France, 36,5 % des collègues autour des salariés les mieux payés perçoivent le même niveau de salaire qu’eux, alors que cette proportion n’était que de 27 % en 1993. Cet isolement des salaires des élites, largement partagé à travers le monde, sa source réside dans le déclin de l’industrialisation.

C’est l’analyse du sociologue Olivier Godichaux réalisée à partir de travaux approfondis menés par une équipe internationale de chercheurs en sciences sociales et sur des statistiques de douze pays (Canada, France, Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Danemark, Norvège, Suède, République tchèque et Hongrie) et Corée du Sud et Japon) pour le projet de médiation scientifique « Que savons-nous du travail ? », du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (Liepp), diffusé en collaboration avec les Presses de Sciences Po sur la chaîne Emploi du site Lemonde.fr.

Ainsi, les chercheurs en sciences sociales ont mesuré l’évolution de la ségrégation socio-économique au travail sur plusieurs années et en comparaison internationale. Qui travaille avec lui, en fonction de son niveau de salaire et de son emplacement. Il s’avère que lorsque l’emploi industriel diminue, au cours du processus de restructuration, plus la taille de l’établissement est petite, plus les salariés les mieux payés sont isolés. Exprimé en statistiques, cela donne : « Une diminution uniforme d’une unité de la taille de l’établissement augmente notre indice d’isolement de 0,15 à 0,2 unité. »« , écrit Olivier Godchot.

Les employés appartenant aux 10 % supérieurs – qui sont probablement des superviseurs – sont concentrés dans un nombre limité d’organisations, de plus en plus éloignés chaque année des conditions de travail et des exigences du reste de la main-d’œuvre. Cet isolement des élites conduit à une perte totale d’informations sur l’évolution du travail réel et les besoins quotidiens des salariés et au démantèlement de la cohésion sociale.

Le sociologue en cite trois responsables : la désindustrialisation, la restructuration et la digitalisation. « Les plans de licenciements, l’externalisation, le recours à la sous-traitance et les délocalisations ont également un impact sur l’isolement des 10 % les plus riches. »« , écrit Olivier Godchot. Avec le « En restructuration, les entreprises se débarrassent en priorité des salariés situés au bas de la hiérarchie salariale et réduisent l’écart entre les mieux payés. ». Ceux qui se trouvent au bas de la hiérarchie continuent d’opérer de manière invisible jusqu’au sommet de la hiérarchie, mais à partir d’institutions différentes et à travers des chaînes complexes d’entreprises sous-traitantes et de prestataires de services externes.

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